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Portrait de Grégory Cormann

Mise à l'honneur des nouveaux chargés de cours 2021-2022



Chargé de cours dans le domaine de la Philosophie française contemporaine et de la Philosophie des sciences humaines

Pourriez-vous décrire brièvement votre parcours ?

Après une licence et une AESS en philosophie, j’ai commencé ma carrière à l’ULiège, en l’an 2000, dans le cadre d’un mandat d’aspirant FNRS. Ce mandat m’a permis de réaliser une thèse de doctorat intitulée Figures de l’être et du néant. Ontologie, anthropologie et morale chez Sartre (2004), qui a jeté les bases d’un travail que je poursuis aujourd’hui sur les relations de fécondation réciproque de la philosophie française contemporaine inaugurée par Sartre, d’un côté, et de l’École française de sociologie, de l’autre. J’ai ensuite occupé des postes d’assistant (2004), premier assistant (2010), chef de travaux (2014) et agrégé (2018) qui m’ont donné l’occasion de dispenser d’abord des enseignements d’histoire de philosophie et de philosophie sociale, puis plus récemment de théories critiques de la culture et de philosophie clinique.

Dans cette « demi-vie » universitaire, j’ai aussi animé plusieurs équipes (e.a. groupe Intersection, centre de recherche MAP) et occupé plusieurs responsabilités institutionnelles et de représentation (e.a. membre du Conseil d’administration de l’ULiège, président du personnel scientifique de l’université, président du département de philosophie et de son conseil des études). Dans mon parcours, cette dimension collective est essentielle : elle ne renvoie pas seulement au fait qu’il n’y a pas de travail académique en dehors du choix d’une certaine socialité, c’est-à-dire sans le jeu des contingences et des affinités en quoi consiste toujours l’exploration de nouvelles manières d’être, de faire collectif ou de produire des connaissances ; elle signifie aussi qu’un travail original et fécond n’est possible qu’en s’appuyant sur des collectifs très hétérogènes, constitués de personnes qui présentent une grande diversité de rapports à leur métier, pour ce qui concerne l’université : à leurs objets de recherche, à leurs étudiantes et étudiants et, plus généralement, aux missions de l’université.

Quelle est votre conception du rôle d’un enseignant universitaire ? Comment envisagez-vous l’articulation entre l’enseignement et la recherche/la pratique clinique ?

Mon travail d’historien de la philosophie contemporaine porte sur les matérialités de la pensée. Aiguillonné par la prise au sérieux de textes réputés mineurs, peu connus ou inédits, ce travail s’intéresse à la trame langagière, interdiscursive et médiatique de la pensée philosophique : il consiste à ressaisir les concepts à la hauteur des mots, du tissu textuel et des supports de publication qui les expriment et les mettent en circulation. Ce n’est en effet, à mon sens, qu’en s’intéressant 1. aux termes utilisés, 2. aux manières de dire, 3. aux lieux d’élaboration théorique qu’il est possible de cerner la pertinence et les potentialités d’usage et de réappropriation des idées et concepts philosophiques.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le travail que j’ai réalisé ces dernières années sur la forme-revue dans le cadre du projet ARC Genèse et actualité des Humanités critiques. France-Allemagne 1945-1980 (2015-2020, dir. avec F. Provenzano), qui portait sur l’étude des revues intellectuelles françaises et allemandes après 1945.

Presque en miroir, mon travail d’enseignant repose sur la conviction que le travail du philosophe n’a de sens, pour les étudiant-e-s de philosophie comme pour les étudiant-e-s réputés « non acquis à la matière » (je fais cours aux étudiants de BAC1 en sciences humaines), qu’à répondre à quelque chose qui les interpelle du dehors. Tels que je les conçois, mes cours ne prennent vraiment consistance qu’à multiplier les formes d’actualité des objets étudiés, des savoirs enseignés et des points de vue adoptés sur ces objets et ces savoirs.

Une certaine dimension « expérimentale » constitue dès lors un élément déclencheur de mes enseignements. C’est souvent un livre, un film ou une pièce de théâtre récents (Robinson de Laurent Demoulin, Into the Abyss de Werner Herzog ou Le Signal du promeneur du Raoul Collectif) qui lancent l’organisation d’un cours. Dans ces rencontres heureuses, il s’agit, pour le dire un peu autrement, de fissurer le jeu volontiers clos du rapport académique aux savoirs, de faire droit à la variété des savoirs produits en dehors de l’université, ainsi que de faire avec la contingence de quelque chose qui m’arrive et qu’il m’incombe après cela de partager avec mes étudiants et étudiantes.

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Grégory Cormann

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