In memoriam

Hommage à Monsieur Pierre Noiret

Professeur de la Faculté de Philosophie et Lettres



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Hommage à Monsieur Pierre NOIRET

Professeur de la Faculté de Philosophie et Lettres

 

Le vendredi 9 mai, cette même salle Gothot a accueilli une émouvante séance d’hommage à notre collègue Pierre Noiret. On a vu s’y côtoyer des académiques, des scientifiques, des membres du PATO et beaucoup d’étudiants, eux qui avaient donné l’impulsion à cet événement. La salle était pleine, pour partager une émotion, un souvenir, un sentiment de reconnaissance et laisser s’exprimer ces relations humaines sans lesquelles la vie universitaire – la vie tout court en fait – est bien vaine et aride. Être ensemble nous a réchauffé le cœur. Nous étions tous là pour lui, mais peut-être ne lui avions-nous pas suffisamment dit, en temps utile, combien nous lui savions gré d’être là pour nous.

Né le 30 octobre 1965, Pierre Noiret était le fils de deux enseignants et sans doute cet héritage a-t-il influencé sa vocation. Après avoir entamé des études en sciences biologiques, il a choisi de se tourner vers l’histoire de l’art mais surtout vers l’archéologie préhistorique. Diplômé en 1989, il a enchaîné les contrats d’assistant patrimoine comme archéologue de terrain jusqu’en 1998. Ensuite, il a été l’assistant du Professeur Marcel Otte de 1998 à 2006 et a soutenu brillamment sa thèse de doctorat en 2004. Publiée sous le titre Le Paléolithique supérieur de la Moldavie. Essai de synthèse d’une évolution multiculturelle, elle constitue une ressource précieuse puisqu’elle a notamment permis aux chercheurs occidentaux d’accéder à des données publiées en roumain, en ukrainien ou en russe.

Devenu Premier assistant en 2006 puis chef de travaux en 2010, avant de prendre la direction du service d’Archéologie préhistorique en 2014, Pierre Noiret s’est révélé un formidable chef d’équipe, à l’écoute et rassembleur, dans ce sous-sol du bâtiment A4 qui était sa deuxième demeure. Il a combiné d’importantes activités de recherche et de publication avec une pratique d’archéologue de terrain, fouillant tant à l’étranger, notamment sur le site de Mitoc en Roumanie, qu’au Trou al’Wesse, près de Modave. Il avait noué un réseau de collaborations scientifiques solides sur le plan international comme en Belgique, où il travaillait très régulièrement avec l’Agence wallonne du Patrimoine, l’Université de Gand et l’Institut royal des Sciences naturelles. Spécialiste de l’Aurignacien et du Gravettien, les deux traditions culturelles du début du Paléolithique, il se passionnait aussi pour le domaine complexe des croyances et des rites et abordait, dans ses cours et ses travaux, des questions de société : le genre, la sexualité, la violence ou les migrations. Il avait en préparation deux ouvrages, l’un d’Introduction à la Préhistoire, l’autre sur les traces potentielles des croyances et rites du Paléolithique aux âges des Métaux.

Cependant, son engagement collectif chevillé au corps et sa disponibilité sans borne, excessive peut-être, pour sa filière et pour notre institution en général lui laissaient trop peu de temps pour faire aboutir de tels projets. Pierre Noiret fut président du Conseil des études d’Histoire de l’art (2009-2016), vice-président du Collège de doctorat en Histoire, Histoire de l’art et Archéologie (2010-2018) et alternativement président ou vice-président du Département des Sciences historiques de 2018 à ce jour. Il était également président du comité de pilotage du Musée Wittert (depuis 2018). Toutes ces missions, il les exerçait avec ce mélange de discrétion, d’efficacité et d’attention aux autres qui marquait toutes celles et ceux qui le rencontraient.

Mais il était aussi et peut-être avant tout un professeur unanimement salué et respecté. Enseigner, transmettre, former était, à ses yeux, une mission fondamentale et son souci premier. Titulaire d’une charge de plus de 300 h, il assumait des enseignements diversifiés, tant théoriques que pratiques. Tous les témoignages d’étudiants convergent pour décrire un enseignant disponible, bienveillant, plein d’humour mais aussi un professeur passionnant et passionné, alliant une solide maîtrise scientifique et d’impressionnantes capacités didactiques. Il aura marqué plusieurs générations de façon indélébile.

Pierre Noiret, c’était aussi un style – le jean noir, le pull noir et ses éternels écouteurs vissés aux oreilles – et c’était un homme d’une culture vaste et éclectique, tant littéraire que musicale ou cinématographique, qu’il partageait si volontiers. Enfin, c’était un papa investi et présent pour ses trois garçons, Victor, Antoine et Gaspard, auxquels nous pensons aujourd’hui, ainsi qu’à leur maman.

Si vous le permettez, je terminerai sur une note personnelle. Pierre a d'abord dirigé notre Département avec Eric Geerkens, son ami de très longue date, auquel je pense particulièrement. Puis, en 2020, nous avons commencé à faire équipe. Je crois que nous avons constitué un binôme solide et pourtant, la rencontre entre un Préhistorien discret, à l'air faussement détaché, et une vingtièmiste bruyante et impatiente, aurait pu être explosive. Nos différences ont été notre force. Tous les matins, j'ai encore l'impression que Pierre va arriver dans mon bureau, avec son mug improbable et son sourire pour me dire : "Alors, café ? Tu râles sur quoi aujourd'hui ?".

Ces dernières semaines, plusieurs collègues m'ont dit que l'institution universitaire nous déshumanisait, qu'elle nous mettait toujours en compétition alors même qu'elle devrait promouvoir et récompenser la diversité des profils de celles et ceux qui la font vivre. Pierre Noiret était une figure incontournable de cette Faculté, sur le plan scientifique et sur le plan humain, qu'il ne dissociait pas. Nous sommes nombreux à mesurer la chance d'avoir pu faire un bout de chemin avec lui.

Salut, Pierre.

Texte de Catherine Lanneau, pour le Département des Sciences historiques

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